La maîtrise du risque « escarre » : une gestion réactive
et suivie
Face au risque de constitution d’escarre(s) et à ses conséquences
psychologiques pour la personne, économiques pour l’établissement
et la collectivité, l’approche d’un management des
risques de constitution d’(es) escarre(s) doit être une priorité essentielle
des soins et de la bientraitance des résidants.
Il se comporte en 3 phases :
L’identification des risques, des
opportunités, et leurs
hiérarchisations,
La planification et la mise en œuvre
d’un plan de réduction
des risques non acceptables, incluant la prise en charge des risques
résiduels ;
Le suivi, l’évaluation des résultats,
et les évolutions
du plan.
Durant ces phases, la communication doit être totale entre les
différentes parties : médicales, paramédicales,
médico – sociales, sociales et les professionnels de la
prestation qui délivre le matériel médical.
Tous les moyens nécessaires doivent être mis en œuvre
pour prévenir les escarres en cohérence avec les besoins
de la personne - et/ou son aidant - de manière éclairée
et consentante, par et en concertation avec les professionnels de santé et
du secteur sociale.
En ce sens, les aides techniques tel que le lit médical et le
mobilier, le matelas et/ou le coussin d’aide à la prévention
des escarres, associé ou non à des accessoires d’aide à la
posture seront prescrits avec objectivité en tenant compte de
la maladie de la personne, de ses déficiences ou handicap, de
son mode et habitudes de vie, de son environnement humain et matériel.
Les données épidémiologiques et économiques
Les taux rapportés montrent des disparités selon les spécialités
médicales considérées. Si on recense de 5 à 7%
d’escarres dans les unités de court séjour, en revanche
les unités de soins aigus et de Service de Soins et de Réadaptation
(ex-moyen séjour) présentent des taux de prévalence
pouvant atteindre près de 50 %.
Le coût de prise en charge thérapeutique d’une escarre
selon Schols et col., augmente dés lors que l’escarre s’aggrave.
Dans une étude en maison de retraite sur 48 patients, les auteurs
démontre que le coût total du traitement d’une escarre
par patient varie de 1574,64 € (stade 1) à 5857,83 (Stade
4). Benett et Dealey ont montré que le coût de traitement
par semaine s’élève dans les maisons de retraite
médicalisée pour un stade 1 à 309 €, un stade
2 à 341 €, pour un stade 3 et 4 à 406 €.
Si la part de la dépense représentée par les pansements
est d’environ 40% du coût total, celle des supports d’aide à la
prévention des escarres est de 10%.
Prévenir plutôt que guérir !
La « maladie escarre »
La définition selon laquelle l’escarre est une lésion
cutanée d’origine ischémique liée à la
compression des tissus mous entre un plan dur et les saillies osseuses
auquel sont parfois combinés les forces de cisaillement, est communément
admise par les experts. La classification du National Pressure Ulcer
Advisory Panel (NPUAP) définie le niveau d’atteinte de la
peau et des plans sous-cutanés en 4 stades.
La peau présente une grande résistance à l’ischémie,
en revanche le tissu musculaire l’est moins malgré une adaptation
hémodynamique destinée à maintenir une pression
de perfusion suffisante. La peau soumise à un processus d’ischémie
ne reflète donc pas la souffrance profonde.
Ne négligeons aucune rougeur en regard de proéminences
osseuses. Soyons hyper vigilant face à une immobilité partielle
ou totale – soudaine ou chronique -, une diminution de l’activité,
un mauvais état nutritionnel, des troubles vasomoteurs, une incontinence
urinaire et/ou fécale mal gérée, un état
infectieux mal contrôlé, un diabète déséquilibré,
un état de la peau altéré, sont autant de facteurs
pathologiques pouvant favoriser la survenue d ’escarres
ou les aggraver.
Attention : chez la personne âgée les escarres ne sont
pas majoritairement provoquées par un alitement prolongé mais
dans 80% des cas, leurs constitution présentent un caractère
aigue, de survenue rapide, déclenchées par des accidents
vasculaires cérébraux, des états confusionnels,
excès de psychotropes, des chocs septiques des pneumopathies,
infections urinaires,(…).
Les localisations sont variables ; cependant, on observe une prépondérance
au niveau du sacrum (40%), et surtout aux talons (36%) caractérisés
par une gravité croissante (Stade 3 à 4) ces dernières
années.
Comment choisir les aides techniques ?
Trois objectifs essentiels : favoriser la mobilité de la personne
au lit ou au fauteuil, assurer la répartition la plus uniforme
en regard de larges zones d’appui, et, garantir au personnel soignant
l’accessibilité aux soins.
Dans le premier cas, le lit médical et ses accessoires doivent
garantir à la fois la sécurité de la personne et
aider d’accessoires, améliorer son autonomie. La potence,
la barre de préhension pour se relever, les barrières si
besoin, sont des aides techniques à la personnes. Un lit médical
dénommé ALDRYS a été conçu pour descendre
au plus bas (22 cm) et faciliter à la fois les levés mais
aussi réduire la gravité des chutes du lit. Pour rappel,
40% des personnes présentant une fracture du col du fémur,
développe une ou plusieurs escarres. Le lit EXCELYS facilitera
la communication par son ergonomie électromécanique qui
permet de positionner la personne dans une station assise.
Au sommier sera associé un matelas d’aide à la prévention
des escarres relevant de l’une des catégories techniques
correspondantes aux indications cliniques.
Un matelas en mousse de type gaufrier (APLOT ou EPSUS) pour des
personnes à risques « faible à moyen », un
matelas viscoélastique de type ALOVA pour des personnes à risque « moyen à élevé »,
un matelas à air motorisé de type AXTAIR pour des personnes à risque « élevé ».
A ces matelas seront associées des Dispositifs d’Aide Techniques à la
Posture si besoin, en mousse ou microbilles (décharges anatomiques)
pour faciliter l’alternance toutes les 2 à 3 heures de la
personne.
Dans le cas de troubles circulatoires des membres inférieurs d’origine
artérielle, nous éviterons de surélever les jambes
et nous favoriserons l’usage d’une proclive intégrée
au matelas viscoélastique de type ALOVA ou air motorisé qui
améliorera les flux sanguins et réduira l’ischémie
secondaire à la pression d’appui.
Au-delà de problématiques vasculaires distales, une réflexion
doit être approfondie sur les personnes qui présentent un
flessum du genou consécutif à une rétraction physio-pathologique
des muscles ischio-jambiers. Cet état augmente l’intensité de
la force induite par l’appui du talon (Coefficient 2 à 10° de
flexion), sa direction et sa durée d’application. L’usage
d’un lit médical à 3 plicatures du sommier de type
EXCELYS réduira l’appui des talons sans générer
de flessum orthopédique.
En synthèse
A travers cette approche synthétique de la gestion du risque escarre,
il convient de rester très humble face à la maladie « escarre » qui
est la conséquence d’un processus souvent complexe de dégradation
de l’état de santé d’une personne.
L’apparition de signes précurseurs de constitution d’escarre(s)
doit amener l’équipe à faire preuve d’une réactivité objective
pour favoriser la trophicité de la peau et des tissus.
L’évaluation des facteurs de risques est donc une étape
fondamentale à la détermination de la stratégie
de soins, sur la base d’échelles d’évaluation
validées.
L’application de mesures préventives est essentielle pour
réduire à minima le risque de constitution d’une
ou plusieurs escarres.
Ainsi, les moyens humains et techniques mis en œuvre seront concertés
entre les différents intervenants, en adéquation avec l’état
clinique de la personne, conformes avec les recommandations de bonnes
pratiques validées, adaptés à l’environnement
humain, matériel et structurels de la personne, à ses habitudes
et son mode de vie.
Ces mesures doivent être suivis dans le temps et réévalués.
La finalité est la satisfaction de la personne soignée
par le maintien ou l’amélioration de son état de
santé et de son bien-être.
A noter qu’un club-internet sécurisé sera à la
disposition des EHPAD dés la fin du mois de mars 2010 permettant
d’évaluer le risque d’escarre par résidant,
mesurer la pertinence de l’équipement de l’établissement
en supports d’aide à la prévention des escarres par
rapport aux recommandations d’experts. L’accès sera
permis soit par www.askle.com, www.medicatlantic.com, soit par www.askle.net/login.php .