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Senior santé
Portrait-robot d’un syndrome métabolique

Ce n’est pas une maladie. Juste un ensemble de symptômes silencieux qui exposent au risque cardiovasculaire et au diabète. Pour les faire reculer, il peut suffire de perdre quelques kilos et de (ré) apprendre à bouger.

D’avance pardon à tous les lecteurs, peu friands de littérature médicale, qui vont découvrir au fil des lignes qui suivent, qu’une « épée de Damoclès » menace leur santé, qu’ils jugeaient par ailleurs excellente. Car le syndrome est sournois et progresse souvent sans « maux » dire …

Avant de le définir, précisons que le syndrome métabolique n’est pas une invention sortie tout droit du cerveau de chercheurs en mal de découvertes à sensations. Au contraire, c’est le résultat d’efforts entrepris depuis plusieurs années par la communauté médicale en charge du diabète et autres troubles métaboliques pour mieux comprendre tout une série d’anomalies, somme toute assez courantes, et leur « donner du sens » en termes de risque lié à diverses complications, cardio-vasculaires et autres.

Attention à la « bedaine »

Dressons un portrait-type de la personne atteinte de syndrome métabolique : il s’agit d’un homme ou d’une femme (mais plus souvent un homme) légèrement hypertendu, présentant un taux de sucre dans le sang qui flirte avec les normes supérieures, un HDL-cholestérol (le « bon ») trop bas, des triglycérides (graisses) trop élevées et affligé (e) d’une bouée disgracieuse au niveau de la taille. Autant de « petites » anomalies qui encore aujourd’hui n’alarment pas plus les patients qu’un certain nombre de médecins traitants…

« Et pourtant, ce syndrome est à haut risque cardiovasculaire, alerte le Dr P.M., cardiologue. Lorsque plusieurs de ces anomalies sont présentes –même à un niveau modéré- chez le même individu, elles multiplient ce risque par 3; et par 6 le risque de développer un diabète de type 2! Soit nettement plus que lorsqu’un seul facteur de risque est identifié. Il est donc impératif qu’on aille le chercher ».

L’enjeu majeur est donc de repérer les personnes à risque, pour développer des stratégies préventives et thérapeutiques adaptées. Et, comme pour l’obésité, la prévention passe d’abord par une modification du mode de vie et quelques conseils hygiéno-diététiques qui ont des relents de déjà entendu : réduction du surpoids et exercice physique régulier.

Une nouvelle hygiène de vie

« Une perte de 4 à 5 kilos est suffisante pour produire des effets bénéfiques majeurs, précise le cardiologue. Car les premiers kilos qui s’en vont sont concernent les graisses situées profondément (la graisse viscérale, NDLR) à l’origine de l’insulinorésistance (voir encadré). Pour ces kilos, il suffit (mais ce n’est pas toujours facile !) de diminuer ses apports en calories, mais surtout d’adopter un régime pauvre en graisses saturées et en sucres à index glycémique élevé (voir tableau). En privilégiant les protéines issues de viandes maigres et de poissons, les graisses essentielles de type oméga-3 et les fibres issues des fruits et légumes ».

L’activité physique est tout aussi efficace, cela est clairement démontré, pour diminuer la quantité de graisses viscérales, mais il est nécessaire qu’elle soit régulière et soutenue. Privilégiez les sports d’endurance et si vous présentez un surpoids important, les sports portés comme la natation. Ne lésinez pas sur les efforts : 150 mn par semaine, soit par exemple 30 minutes de marche rapide cinq jours par semaine. Le jeu en vaut la chandelle ! Car ces mesures devraient faire plier ce que les scientifiques appellent l’insulinorésistance, plaque tournante du syndrome.

Syndrome « polymétabolique » : pilules « polyusages »

Pour certaines personnes malheureusement, ces mesures peuvent s’avérer inefficaces ; il s’agit en particulier des sujets qui présentent un terrain génétique « favorable ». Car, à l’instar de l’obésité ou du diabète, des études récentes ont mis en évidence une prédisposition génétique à ce syndrome chez près de 30% des individus. Dans ce cas et lorsque les mesures hygiéno-diététiques ont échoué à corriger les anomalies, le recours à des médicaments peut être nécessaire : au menu, biguanides et glucophages contre l’insulinorésistance, antidiabétiques, hypotenseurs et fibrates ou statines contre l’hypercholestérolémie. Un menu pour le moins indigeste… Mais foin d’inquiétude, l’industrie pharmaceutique veille et se frotte par avance les mains : elle tente en effet actuellement de mettre au point des pilules « poly-usages », capables de combattre tous les troubles associés au syndrome. L’enjeu est de taille. Car, selon l'OMS: " Si des mesures ne sont pas prises maintenant, il y a un risque important que les gouvernements et les sécurités sociales se trouvent dans l'incapacité de garantir des soins appropriés aux millions de personnes atteintes en 2025. "

Sur la piste de l’adiponectine

La recherche sur les liens existant entre les différents composants du syndrome est très active et de nombreuses pistes sont étudiées. L’une d’entre elles retient particulièrement l’attention : quand les cellules adipeuses de la graisse abdominale augmentent de volume, elles se mettent à fabriquer de moins en moins d’adiponectine, une protéine qui joue un rôle déterminant dans la prévention des plaques d’athérome et dans la sensibilité des cellules à l’insuline. D’où le risque majoré de diabète et de maladies coronariennes.

L’insuline, mi-ange, mi-démon

L’insuline est une hormone essentielle à la vie. Fabriquée par le pancréas, elle permet de contrôler le niveau de sucre dans le sang en autorisant son utilisation par nos cellules. Mais elle devient dangereuse lorsqu’elle est sollicitée en excès. C’est ce qui arrive lorsque l’on abuse de glucides à index glycémique élevé comme le pain blanc, les corn flakes, les barres chocolatées ou les sodas (voir tableau). À la longue, les cellules ne répondent plus à l'insuline : un phénomène que l’on appelle insulinorésistance. Le sucre reste élevé dans le sang. Le pancréas s’épuise à fabriquer plus d’insuline pour diminuer le sucre sanguin. Quant au foie, il est rapidement débordé avec risque de surcharge. L’excès d’aliments raffinés est donc une catastrophe pour le corps : il augmente la tension artérielle, le cholestérol et les graisses corporelles, accélère le vieillissement général et peut conduire au diabète.

Index glycémique de quelques aliments courants

L’index glycémique (IG) mesure le taux d’absorption du glucose contenu dans un aliment. Plus il est bas (moins de 70), mieux c’est.

Baguette 136
Riz instantané 6 minutes 128
Confiserie fantaisie 110-100
Pommes de terre frites 107
Miel 104
Carottes 101
Pomme de terre en purée 100
Pain à la farine de blé complet 97
Soda sucré 97
Barre chocolatée 97
Croissant 96
Sucre blanc 92
Pâtisserie 84
Riz blanc 83
Riz complet 78
Jus d’orange 74
Macaroni 64
Orange 63
Haricots 60
Yaourt nature 51
Lentilles 42
Cerises 32

Syndrome métabolique : l’addition est salée !

Un « syndrome » est, en théorie, un ensemble de signes ou symptômes différents, sans cause spécifique. Ce syndrome métabolique a été défini en 2002 de la façon suivante : au moins trois des cinq critères suivants doivent être remplis :

• obésité viscérale: tour de ceinture supérieur à 88 cm chez la femme, 102 cm chez l’homme

• pression artérielle supérieure à 130/85 mm de mercure

• triglycérides supérieurs à 150 mg /dl

• HDL cholestérol (le « bon cholestérol ») inférieur à 1,0 mmol/l chez la femme, 0,9 mmol/l chez l’homme

• Glycémie (sucre dans le sang) à jeun supérieure à 1,10 g/l

La combinaison la plus fréquente des symptômes du syndrome métabolique associe l’obésité à l’hypertension artérielle àdes lipides sanguins anormaux.

Un syndrome en nette progression

La fréquence du syndrome métabolique atteint déjà un taux alarmant aux USA où 47 millions de personnes sont déjà affectées, soit presque un adulte sur 4 ! Encore plus inquiétant, près de 910.000 adolescents sont touchés soit 30% des jeunes en surpoids ; la France aurait tort de se sentir à l’abri : 10% des femmes et 16% des hommes de plus de 55 ans en seraient atteints et, selon les experts, un nombre croissant de jeunes adultes et d’adolescents.

Fréquence du syndrome métabolique

Age < 40 ans 40 -55 ans > 55ans
Homme 6 % 9 % 16 %
Femme 4 % 6 % 10 %

La fréquence du syndrome métabolique augmente avec l’âge et affecte plus souvent les hommes que les femmes
(Étude DESIR, n=1500, 30 -64 ans, durée 9 ans)

 

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